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personnification d'un objet de flora, décembre 2006

Ecriture d'invention
Flora Delalande
2nd8

Faire un pastiche du premier paragraphe de Christian Bobin.



Tout va bien. Je suis confortablement installée dans un petit lit douillet. Il fait chaud, il fait noir ; seul un petit rayon lumineux perce à travers le toit de ma maison temporaire. La couverture dans laquelle je suis enroulée est légère, fragile. S'il m'arrive de bouger, elle craque doucement, comme du papier qu'on froisse.
Je suis heureuse, je suis de bonne humeur, toute fraîche et pimpante dans ma parure colorée.
A côté de moi, sous la même couverture se trouve mon bien-aimé.
Il me ressemble, il est presque mon sosie.
Sans lui je ne serais rien. Sans moi, il ne serait rien.
Nos bras synthétiques sont enlacés en un noeud compliqué, nous unissant, nous empêchant de nous éloigner.
Cela fait plusieurs jours, qu'embrassés, nous profitons de notre lune de miel dans cet endroit a la fois intime et impersonnel.
Mais nous savons qu'un jour, à l'instar de nos voisins de palier, un humain sans scrupule viendra violer notre bonheur. Il nous retirera brusquement de notre lit, arrachant notre couette pour nous emmener dans les airs.
Depuis qu'on a sauvagement percé notre peau délicate pour y enfoncer un percing humiliant, de plus en plus de nos confrères se font enlever de cette manière. Ce percing rouge et jaune à le pouvoir d'attirer les humains vers nous ; plus le chiffre inscrit dessus est élevé, plus le risque de se faire kidnapper est grand.
Je ne sais quand viendra notre tour mais je sens que cela ne saurait tarder.

C'est arrivé hier. Nous nous murmurions des mots doux à l'oreille lorsqu'une main a soulevé le toit de notre résidence. Elle s'y est engouffrée tel un ouragan et a saisi mon bien-aimé entre ses deux doigts gras.
Entraînée par le noeud de nos bras je l'ai accompagné dans les airs.
Je souffre mais ne lâche pas. Nos bras s'étirent mais ne cèdent pas.
Sensation de douleur. Sensation de peur.
Enfin on nous repose. Lieu inconnu, lumière blafarde des néons. Sous moi je sens le sol lisse et froid. Nous aimerions crier, appeler à l'aide mais nous ne pouvons pas. La personne nous saisit de nouveau, sépare nos bras et casse brusquement le fil plastifié qui, comme un cordon ombilical, nous unissait.
Souffrance innommable. Sensation de manque et d'absence.

Une masse froide et poisseuse s'enfonce en moi. Je résiste, l'empêchant de passer. L'humain tire d'un coup sec sur ma langue pour me faire lâcher prise.
Il a gagné. Il m'a violée. Il est en moi.
Il s'acharne sur mes bras pour les renouer entre eux, comme pour me signifier que je n'aurais plus pour partenaire que moi-même. Ma moitié subit un sort identique.
Nous nous apercevons, essayons de nous rejoindre mais l'entité supérieure nous en empêche et comme pour nous punir, nous sépare sans vergogne. Inexorablement.
Je gémis. L'humain m'écrase de tout son poids, la masse moite salit ma peau de sa sueur abjecte. Mes dents de caoutchouc, pressées contre le sol froid grincent de douleur. Je ne vois plus mon compagnon qui, je le sais, souffre d'être dans les airs.
Il est si proche mais en même temps si loin...
Tout à coup les rôles s'inversent ; je suis en l'air, il est au sol.
J'éprouve une sensation de malaise, une envie de vomir.
Il éprouve une douleur maladive, une envie de crier.
Entre ces deux phases nous avons pu nous entrevoir, nous frôler légèrement. Puis tout recommence. Inlassablement.
Dans les airs, sur le sol. Sur le sol, dans les airs.
Toujours nous nous croisons, rarement nous nous touchons.
On nous salit, on nous maltraite, on nous exploite ; jusqu'à ce que nos dents s'usent, que nos bras s'effilochent, que notre peau se perce.
Torture de tout un jour.
Torture de toute une vie.
Torturés à jamais sans même pouvoir crier.



Fin

voilà alors vous trouvez ce que c'est ? dites le moi dans les comentaires, interdiction d'aller voir avant d'avoir lu bien-sûr autrement ça gâche tout enfin bon de toute façon je ne pourrai pas vérifier mais je vous fais confiance ....

# Posté le mercredi 06 décembre 2006 09:45

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